Présentation


Dès le début de l'année 2015, l’île de Kos est devenue un lieu de passage pour les réfugiés et les migrants en route vers le nord de l'Europe. Et pour cause: cette île du Dodécanèse(sud-est de la mer Egée)d'environ 35.000 habitants se trouve à moins de 10km des côtes Turques, juste en face de la ville de Bodrum. 

Alertés, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR ou UNHCR) et l'association humanitaire Médecins Sans Frontières(MSF)sont sur place mais se heurtent aux autorités locales qui refusent de mettre à disposition des locaux pour héberger ces personnes. En effet, dès le mois de mars, la municipalité ferme les toilettes publiques et tarit tous les points d'eau de la ville. Ce refus de coopérer pour mettre en place un système qui assurerait des conditions de transit décentes pour les réfugiés mais aussi une saison touristique à peu près normale a entrainé un chaos indescriptible: le port, les plages, les rues, les parcs de la ville sont investis par des centaines de réfugiés affamés, épuisés qui n'ont pas d'autres solutions que de dormir à même le sol, sous les regards sidérés des touristes. 

Pour palier aux lacunes et manquements de la municipalité et du gouvernement, un groupe de citoyens, Kos Solidarité, se mobilise et s'organise pour parer au plus pressé.  Des particuliers, des hôtels, des restaurants, des supermarchés sont sollicités pour apporter une aide en approvisionnement. 

A partir du 31 mai 2015, Kos Solidarité met en place une distribution quotidienne de nourriture, de vêtements et de chaussures, de produits de première nécessité dans un hôtel désaffecté alloué par une banque Grecque, où des centaines de migrants sont finalement dirigés de façon informelle par la police du port. 

Une collaboration s'établit avec le HCR et MSF, seules organisations présentes et actives jusqu’alors. C’est principalement dans le camp de fortune “Captain Ilias” que débute notre action de soutien aux 400 personnes qui y sont abritées; mais rapidement le flux des migrants augmente, l’administration chargée des enregistrements est débordée (selon les cas, les nationalités, le temps d’attente pour l’obtention des papiers nécessaires à la poursuite du voyage varie de 15 à 30 jours), le camp est saturé, 1200 repas sont distribués fin juillet par une “poignée” de volontaires. En ville la situation est catastrophique, nous élargissons et diversifions nos interventions, nous distribuons des tentes, de l’eau, des sandwiches…

C’est dans ces conditions extrêmement difficiles et intenses, sous un soleil de plomb, au détriment de nos vies personnelles et professionnelles, sans avoir le temps de nous poser trop de questions, que nous nous sommes engagés à venir en aide à cette foule démunie de tout. 

Les photos présentées ne sont pas un travail, ma tâche au sein de Kos Solidarité est tout autre. Elles sont un témoignage de l’indifférence de l’homme envers ses semblables. 

 Kos, le 26 octobre 2016. Marie-Pierre Amalvy, photographe

De retour de ma mission en Grèce pour l’association humanitaire Amel France, j’ai réalisé que je n’étais qu’une goutte d'eau dans la Méditerranée entre des milliers de morts dues à la répression et à l'impuissance. Cette série de photographies a été réalisée en Grèce, sur les îles de Kos, Leros et Kalymnos, en rapport avec le conflit en Syrie. J’ai tenté de capturer de nombreuses réalités en une seule image, une image pour des yeux avides de réponses, des réponses aux questions que tant de fois  les vagues ont emporté.

                    

Almeria, 26 octobre 2016. Irene Santaella, photographe